Depuis peu, nous avons commencé à observer une vague d’initiatives dans l’enseignement des sciences de la santé dans notre beau pays, le Bénin. Ayant effectué une bonne partie de notre parcours au pays, nous savons combien ce parcours peut être difficile, aussi bien pour les étudiants que pour le personnel enseignant. Ainsi, toutes les belles initiatives sont reçues avec une grande joie, à l’exemple de la salle de correction automatique des copies de composition et des centres de simulation. Mais la dernière que nous avons vue nous a laissés quelque peu perplexes.
Centre de simulation officinale
On nous a présenté le premier centre de simulation en pharmacie de la Faculté des Sciences de la Santé (FSS) de Cotonou, dénommé PHARM EXPERIENCE, comme un centre d’excellence, l’un des premiers de l’espace universitaire ouest-africain francophone. Mais quelle est la valeur ajoutée de ce centre de simulation dans la formation des étudiants en pharmacie (sciences pharmaceutiques) ?
Il nous est présenté comme une réponse technologique concrète aux défis de l’encadrement des étudiants, mais, sur les photos dudit centre de simulation, nous voyons une réplique d’une officine de pharmacie, avec de supposés pharmaciens derrière le comptoir, en train de discuter avec des clients (ou patients) fictifs, certainement en train de dispenser des conseils, ndlr. Là, notre cerveau s’est mis en pause un instant. C’est quoi, l’excellence ? C’est quoi, l’innovation technologique pour un étudiant en sciences pharmaceutiques ? Nous ne parlons pas d’auxiliaires en pharmacie.
Réalité du terrain et innovation pour le développement
Donc, on veut mieux apprendre à des étudiants en sciences pharmaceutiques comment dispenser les médicaments en officine, sachant que, pour la plupart, lorsqu’ils terminent leur parcours, ils ont une perception parfois négative de la dispensation officinale et préfèrent éviter d’être associés à l’image de vendeur de médicaments ? Ce qui explique d’ailleurs qu’on ne les voit pas souvent au premier rang dans les officines, mais plutôt les auxiliaires en pharmacie. Quelle est donc la valeur ajoutée de ce centre de simulation ?
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Le problème ne réside pas uniquement dans la nature de la simulation proposée, mais aussi dans le ciblage des compétences. Dans la pratique, une part importante des activités de dispensation en officine est assurée par les auxiliaires en pharmacie. Renforcer ce type de compétences à travers un dispositif dit d’innovation destiné aux étudiants en pharmacie pose donc la question de l’adéquation entre la formation et les rôles effectivement exercés sur le terrain. À l’inverse, pour les pharmaciens, les priorités pourraient davantage porter sur des compétences à plus forte valeur ajoutée, notamment en recherche, en industrie pharmaceutique et en essais cliniques.
À l’ère où nous parlons d’innovation pour le développement, entre un centre de simulation officinale et un centre de simulation en essais cliniques de médicaments, lequel serait le plus pertinent ? Ne serait-il pas mieux, plutôt, de construire davantage de laboratoires pharmaceutiques d’expérimentation pour les étudiants, afin de disposer de personnel qualifié pour l’industrie pharmaceutique nationale ou sous-régionale ? Que faire, alors, de la souveraineté industrielle, notamment pharmaceutique ?
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Nous ne rejetons pas le bien-fondé des centres de simulation dans l’enseignement des sciences de la santé. Dans une période où le droit des patients est mis en avant dans les structures sanitaires, de plus en plus d’étudiants auront des difficultés à accéder directement aux patients, donc moins de chances d’apprendre par la pratique clinique. Il y a donc une nécessité absolue de disposer de centres de simulation avec des mannequins sur lesquels ils puissent apprendre. Mais il faut aussi que ces centres de simulation répondent à de réels besoins de terrain et d’innovation pour le développement.

