système de santé en crise

Bénin : lutte des médecins en formation

Depuis quelques jours, le système de santé béninois est mis sous tension par un mouvement d’humeur des médecins en formation (statut légal en milieu hospitalier non élucidé), suite à une affaire judiciaire impliquant deux des leurs, aboutissant à leur emprisonnement. Alors nous voilà embourbés dans des questionnements : erreur ou faute médicale ou pas ? Ces médecins en formation en sont-ils responsables, ou plutôt leurs superviseurs et maîtres qui sont sous contrat ? Sous quel statut ont-ils agi ? Ce statut les couvre-t-il ? Comment corriger tout ceci, ou faut-il laisser la situation perdurer ainsi, avec l’imbroglio ?

Le partage de quelques notes d’information officielles du mouvement sur notre statut WhatsApp a suscité pas mal de curiosité, l’une d’elles ayant conduit à cette conversation que je partage avec vous.

Interlocuteur.e : Bonjour… C’est quoi le topo ? C’est l’affaire du CHUD de l’Ouémé (Centre Hospitalier Universitaire Départemental de l’Ouémé et du Plateau) ?

Moi : Oui… On est fâché 😡

Interlocuteur.e : Vous êtes fâché parce que vos collègues n’ont pas porté assistance à une dame qu’ils ont opérée et elle a perdu la vie. C’est ça si je comprends bien ?

Moi : Non…

Interlocuteur.e : Et qu’est-ce qui s’est passé ?

Moi : On réclame un statut et un cadre légal de formation.

Interlocuteur.e :

(Verbatim 1) Est-ce que vos collègues sont fautifs de ce qui leur est reproché ?

(Verbatim 2) Votre mouvement est peut-être légitime, mais votre timing est mal choisi. Parce que, présentement, le peuple entier pense que vous êtes en tort. Et le peuple, en majorité, se plaint. Les gens ont aujourd’hui plus peur d’aller à l’hôpital que de recourir à l’automédication. Ce n’est pas une question d’argent…

Moi : (Réponse au verbatim 2) On appelle ça « saisir l’opportunité »… Une lutte pareille a déjà été menée et noyée par la suite. Le système de santé est bancal et on fait porter le poids à des gens qui n’ont aucun statut légal. Je ne vais pas cautionner ça, même s’il y a des choses à dire…

Interlocuteur.e : (Relance du verbatim 1) ? Ne te dérobe pas. Ils sont responsables ?

Moi : (Rappel de la réclamation de statut légal…)

Interlocuteur.e :

(Verbatim 3) Alors battez-vous. Mais faites aussi bien votre travail. Ne laissez pas l’opportunité pour qu’on vous trouve des failles. Battez-vous en ayant raison. Parce que la majorité d’entre vous n’ont pas la conscience professionnelle et se rassurent du fait que personne au Bénin ne porte plainte pour faute médicale ni n’obtient gain de cause.

(Verbatim 4) Quand tu vas aux soins, par exemple, et que le médecin qui doit te traiter demande à l’intelligence artificielle de poser ton diagnostic, comment réagiras-tu ? Voilà le genre de choses qui se produisent… Et que chacun assume la responsabilité de ses actes. C’est une rescapée du système de santé béninois qui te parle.

Moi : (Réponse au verbatim 3) C’est ça le vrai combat… Et la population doit nous soutenir. Sinon ce sera plus difficile pour le système de santé si tous (patients comme professionnels de la santé) désertent pour aller ailleurs. Il ne s’agit pas non plus de cautionner l’irresponsabilité.

Interlocuteur.e :

(Verbatim 5) La population, à l’instant T, ne pourra pas vous soutenir. C’est ce qu’on appelle la stratégie dans la lutte. À l’instant T, la population est remontée. Pas à cause des griefs passés, mais à cause de la situation récente qui a soulevé des douleurs que les gens essayaient d’oublier. La mort de cette dame et le contexte actuel vous mettent en position délicate vis-à-vis de la population. Vous n’aurez pas un soutien franc de ce côté, sauf de vos compères.

(Verbatim 6) Hier, moi, je n’étais pas encore au courant de tous ces récents événements quand j’ai moi-même posté un statut. Aujourd’hui, sans hésiter, je dirais à quiconque de fuir les hôpitaux au Bénin et de voyager, s’il en a les moyens, pour se faire soigner à l’extérieur. Parce que souvent ce ne sont pas les moyens qui manquent (on nous maltraite dans nos hôpitaux), mais plutôt parce que certains médecins n’ont ni la compétence ni la conscience professionnelle.

Moi :

(Réponse au verbatim 5) Et je suis conscient de cela, et c’est ce que je répète à mes collègues… On va y arriver.

(Réponse au verbatim 6) On vise la même chose : un système de santé meilleur où l’on n’oppose pas les acteurs (patients et professionnels de la santé) l’un contre l’autre… C’est l’État qui définit tout cela (droits, devoirs, responsabilités, conditions de formation et de travail, etc.) et c’est lui qui se dérobe actuellement.

Interlocuteur.e : Ce n’est pas l’État qui vient travailler à votre place. Ne fuyez pas la responsabilité de vos actes.

Moi : Lis-moi en suivant mon contexte, pas seulement ton contexte…😅 Et c’est bien cela que j’ai résumé par : « opposer les acteurs du système de santé ».

Bien que pas assez détaillée ni étayée par des preuves, cette courte discussion nous donne un aperçu rapide de l’état des lieux du système de santé béninois.

>> À lire : Le médecin (au Bénin) : ombre de lui-même.

Et, dans tout cet imbroglio, sachons faire la part entre un médecin en formation sur un lieu de formation et un médecin exerçant légalement dans une structure sanitaire, qu’elle soit privée ou publique.

Le but d’une lutte, c’est de trouver l’équilibre, ou le juste milieu, des revendications justifiées des uns et des autres, ou d’y tendre.

Médecin tu es… Médecin tu resteras.

Dr. Mahunan

Épidémiologiste, Data scientist en santé, Médecin d’entreprise
Médecin béninois, titulaire d’un master en épidémiologie et interventions en santé publique, ainsi que d’un certificat d'université en science des données pour la santé mondiale. Actuellement en spécialisation en santé au travail, j’exerce à Cotonou (Bénin).

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